MÉDITERRANÉENNE (AIRE)


MÉDITERRANÉENNE (AIRE)
MÉDITERRANÉENNE (AIRE)

Si la mer Méditerranée est bien définie, l’adjectif «méditerranéen» (littéralement «au milieu des terres») a, en revanche, des acceptions assez variées. Au milieu du XIXe siècle, Moscou était considérée par certains auteurs comme la ville la plus «méditerranéenne» d’Europe, idée étymologiquement valable. Le sens a évolué, et actuellement cet adjectif désigne essentiellement ce qui a trait à la mer Méditerranée et aux portions de continents qui la bordent.

Le climat de ces régions, avec ses caractères – ciel bleu, sécheresse estivale – et leurs conséquences – végétation, activités humaines, histoire –, est à la base de la conception de pays méditerranéens.

L’aire occupée par ces pays possède aussi des caractères géologiques originaux, puisque la Méditerranée est une mer intramontagneuse, située en plein milieu de la ceinture orogénique alpine qui s’est développée entre l’Europe et l’Afrique en direction est-ouest, coïncidant avec l’emplacement d’une partie d’une mer beaucoup plus vaste appelée Téthys, développée pendant le Mésozoïque et le Cénozoïque, des Antilles aux îles de la Sonde. À ce titre, elle est comparable, en plus achevé, à la mer des Caraïbes, ou encore, à l’autre extrémité de la ceinture téthysienne, à la mer de Banda, en Indonésie.

Les éléments paléogéographiques et paléoclimatiques (transgressions et régressions marines, alternance des périodes chaudes et des glaciations; cf. mer MÉDITERRANÉE), l’occupation humaine très précoce de cette région (cf. histoire de la MÉDITERRANÉE) ont conditionné la composition et la répartition du peuplement animal et végétal.

Dès lors, certaines espèces apparaissent avec des aires de répartition si nettement limitées qu’elles deviennent caractéristiques de la région, reliques du passé ayant survécu avec ou sans modifications, ou bien conquêtes plus récentes d’un espace rendu libre par suite d’un changement de climat.

1. Structure et évolution morphotectonique

La forme actuelle de la Méditerranée est conditionnée par le jeu néotectonique de grandes fractures récentes, indépendantes et souvent obliques par rapport à l’allongement des orogènes alpins. Le parcours de ces chaînes étant extrêmement sinueux, il n’y a rien d’étonnant à ce que la moitié du système alpin d’Europe (l’essentiel des Alpes, les Carpates, le Balkan, les Pontides) ne touche pas la Méditerranée, ni que, à l’inverse, celle-ci baigne des zones plissées développées dans l’avant-pays alpin, voire des zones stables, peu ou pas plissées, de cet avant-pays.

La Méditerranée au contact du socle africain

Sur un tiers des côtes méditerranéennes, entre Sousse et Port-Saïd, la couverture du bâti stable africain s’enfonce au nord sous les eaux. Le socle précambrien forme la masse de celui-ci, sous le Paléozoïque ou sous la couverture crétacée et cénozoïque, l’ensemble de ces formations sédimentaires étant de milieu continental ou marin, mais ici de plate-forme. Ce bâti africain remonte vers le nord-ouest, dans le môle de Kerkennah (Tunisie orientale) et le plateau de Raguse, où il sert d’avant-pays aux charriages alpins de Sicile; il se prolonge vers la Cyrénaïque par un large plateau continental. En revanche, de Benghazi à Port-Saïd, sauf localement – au niveau de l’apport sédimentaire du delta du Nil –, la côte avoisine les grands fonds par suite du jeu de fractures à dominante est-ouest.

La Méditerranée au contact de zones plissées de l’avant-pays alpin

La côte orientale de Tunisie, au nord du môle de Kerkennah (ou du Sahel), montre la torsion progressive vers le nord-ouest des plis de l’Atlas tunisien oriental (ce qui détermine l’allongement du cap Bon), prolongement de l’Atlas saharien, édifice plissé intracratonique aux jeux multiples s’échelonnant de l’Éocène jusqu’à l’aurore du Quaternaire.

La côte du Levant, de Port-Saïd à Iskenderun, est manifestement due à un réseau de fractures nord-nord-est - sud-sud-ouest, parallèles au demi-fossé du Jourdain. On sait que celui-ci atteint, au sud, le golfe d’Akaba, où il conflue avec l’accident nord-ouest - sud-est de Suez. Le horst du Sinaï, qui les sépare au nord-ouest, finit là en pointe, le large fossé de la mer Rouge relayant les fossés plus septentrionaux par un début d’ouverture océanique. De Gaza à Tripoli, de lourds plis nord-sud créent de hauts reliefs, tels le Liban et l’Anti-Liban, de part et d’autre de la dépression de la mer Morte.

À son extrémité nord-ouest, du golfe de Valence au promontoire provençal des Maures, la Méditerranée est également en contact avec un ensemble plissé intracratonique complexe, essentiellement plissé à l’Éocène, et comprenant: de Valence à l’embouchure de l’Èbre, les plis nord-ouest - sud-est de la chaîne Ibérique orientale (qu’affronte au sud l’ensemble bético-baléare), chaîne dont le rameau nord se coude et passe à la cordillère Catalane, à vergence nord-ouest, bordant le littoral entre l’Èbre et Gérone; le système pyrénéen, dont la zone axiale s’abaisse brutalement à l’est, et dont la zone nord-pyrénéenne, par la courbure des Corbières et du bas Languedoc, se raccorde à la Provence. Le rivage actuel – si l’on y ajoute le plateau continental – se moule sur la très nette courbure du système pyrénéo-provençal.

La Méditerranée au contact des chaînes alpines

Cordillères Bétiques et Maghrébides (de Tanger à la Calabre), Apennin, sud des Alpes occidentales et Corse, ensemble dinarique, chaîne Taurique faisant ailleurs l’objet de descriptions, on n’en rappellera que les règles communes.

Tectoniques superposées au cours du temps dans les chaînes alpines

L’ensemble des chaînes alpines du domaine méditerranéen – comme d’ailleurs de toute l’Eurasie méridionale – résulte de la collision de l’Eurasie avec les continents méridionaux, Afrique, Arabie et Inde, autrefois soudés en un Gondwana, aux dépens d’un océan aujourd’hui disparu, la Téthys, qui s’allongeait de l’Indonésie aux Caraïbes [cf. TÉTHYS].

La disparition de la Téthys se fit en deux étapes principales:

– d’abord, la subduction de l’océan téthysien sous l’une ou l’autre des marges continentales, qui donne naissance à un métamorphisme (de faciès schistes bleus) et à un magmatisme (volcans andésitiques et plutons granodioritiques) important dans la marge qui surmonte le plan de subduction et met en place des arcs insulaires, à la construction desquels participe la croûte océanique de la Téthys sous forme d’une première ébauche de nappes ophiolitiques;

– ensuite, la collision des marges continentales, qui achève les grands processus de charriages qui amènent l’ensemble des matériels paléo-océaniques – croûte sous forme d’ophiolites et sédiments océaniques téthysiens, plus ou moins métamorphisés dans le faciès schistes bleus – à reposer sur l’une des marges continentales que l’autre, traversée de granodiorites et supportant des volcans andésitiques, vient chevaucher.

À ce processus, qui correspond à la tectonique alpine des chaînes périméditerranéennes, s’ajoute, après la collision des marges continentales, des déformations tarditectoniques en bloc affectant les marges elles-mêmes et les nappes océaniques qu’elles supportent: c’est dans les zones soulevées que sont dégagés par l’érosion les massifs culminants des chaînes périméditerranéennes, tels le Mont-Blanc dans les Alpes, la sierra Nevada dans les cordillères Bétiques, l’Olympe dans les Dinarides.

Enfin, l’ensemble de ces déformations étant achevé, de grands jeux de failles néotectoniques découpent à l’emporte-pièce dans les chaînes alpines les grandes plaines intramontagneuses, comme la plaine du Pô et les plaines balkaniques, et la Méditerranée elle-même.

En fait, suivant les régions, ce calendrier est décalé dans le temps: d’un côté, les premières subductions-collisions ont débuté, dans les Balkans, au Jurassique supérieur, il y a 140 millions d’années, voire au Trias supérieur en Asie Mineure (200 Ma); de l’autre, les subductions sont encore actives dans l’arc égéen en Méditerranée orientale et dans l’arc tyrrhénien en Méditerranée centrale.

Les grandes divisions des chaînes alpines

Chacun des continents européen et africain (et arabe) forme l’avant-pays des chaînes qui sont charriées sur leurs marges. Il y a ainsi deux «branches» du système alpin: l’une, alpidique , en marge de l’Europe et déversée vers elle (cordillères Bétiques, Alpes, Carpates, Balkan, Pontides); l’autre, dinarique , déversée vers l’Afrique (Afrique du Nord, Apennin, Dinarides, Taurides). On remarque, dans ce dispositif, l’ensemble italo-dinarique, qui enveloppe un éperon – ou une dépendance – de l’Afrique, appelé plate-forme d’Apulie, auquel appartiennent le sud-est de la Sicile (plateau de Raguse) et le sud-est de l’Italie (Pouilles, Monte Gargano, Monte Conero d’Ancône).

On a coutume d’appeler zones externes les parties des chaînes alpines directement adjacentes à l’avant-pays et dans lesquelles on reconnaît les terrains de celui-ci simplement déformés, sans métamorphisme, qu’il s’agisse du socle, qui peut former des massifs cristallins externes , comme dans les Alpes (Mont-Blanc, Pelvoux, etc.), ou de la couverture sédimentaire (massifs subalpins des Alpes, zone subbétique des cordillères Bétiques, etc.).

Les zones internes sont, au contraire, celles qui ont été affectées par le métamorphisme alpin, qu’il s’agisse du socle des marges continentales, comme les massifs cristallins internes des Alpes (Grand Paradis, Mont-Rose, etc.) ou des nappes océaniques issues de la Téthys, charriées sur ces marges (nappe des schistes lustrés des Alpes, nappes ophiolitiques dans les différentes chaînes, etc.).

Cette distinction entre zones externes et zones internes est en fait assez imprécise: seule a sens tectonique la distinction entre marge continentale et nappes océaniques, dont les nappes ophiolitiques issues de sutures ophiolitiques , cicatrices de la Téthys, sont l’élément essentiel.

Elle est cependant commode, au moins dans son utilisation géographique. Les côtes de zones externes, où dominent les roches sédimentaires, notamment les calcaires (côte dalmate, côte ionienne de la Grèce, par exemple), s’opposent aisément aux côtes de zones internes, où dominent les roches métamorphiques (côte d’Espagne méridionale, par exemple). L’Afrique du Nord a une côte qui procède des deux, car elle recoupe plusieurs fois la limite zones internes et zones externes (la côte du Rif et, dans une certaine mesure, celles des Kabylies baignent les zones internes de l’orogène nord-africain) et la Riviera, transverse aux structures des Alpes, donne un exemple d’opposition entre les falaises calcaires des zones externes alpines (Côte d’Azur française – celle des Alpes maritimes) et les reliefs des zones internes (ophiolites et schistes métamorphiques: Riviera di Ponante, de Vintimille à Gênes).

Symétrie et dissymétrie des chaînes alpines

Les effets de la collision Afrique-Europe font que, à l’échelle de la Méditerranée, les chaînes alpines forment un ensemble à double déversement, chaque chaîne étant déversée vers le continent qu’elle borde. Ainsi, cordillères Bétiques et chaînes nord-africaines se tournent-elles le dos autour de la mer d’Alborán, tout comme Pontides et Taurides en Asie Mineure; tout comme Alpes et Apennin de part et d’autre de la suture de Gênes.

Cette apparente symétrie géométrique cache une dissymétrie profonde dont la nature est liée aux subductions antérieures à la collision. D’un côté sont les nappes ophiolitiques d’origine océanique téthysienne, de l’autre les granodiorites et trachyandésites liées à la subduction.

Au droit de l’ensemble italo-dinarique, dans les Alpes elles-mêmes, les nappes ophiolitiques sont charriées sur l’Europe, tandis que les granodiorites – les fameuses tonalites – se rencontrent au revers sud des Alpes dans l’extrémité nord de l’éperon apulien, témoin avancé de l’Afrique; ce qui témoigne de subductions antérieures à la collision sous l’Afrique ou du moins son éperon apulien.

Mais ce n’est pas le régime normal. À l’est, dans les Carpates, le Balkan, les Pontides et, de là, jusqu’à l’Indonésie, ce sont les continents méridionaux – Afrique, Arabie, Inde – qui portent les nappes ophiolitiques, tandis que l’Eurasie méridionale est traversée de granodiorites – en Europe, les banatites de Roumanie et Bulgarie par exemple –, ce qui témoigne de subductions antérieures à la collision sous l’Eurasie. À l’ouest, c’est un même régime qui paraît prévaloir, avec les granites alpins en Afrique du Nord. Le bord sud de l’Eurasie a été la grande zone de subduction du monde dans laquelle a disparu l’océan téthysien (cf. chaînes ALPINES, TÉTHYS).

Relais longitudinaux et accidents transverses

L’évidente unité de chacune des grandes chaînes alpines ne doit pas faire oublier l’existence de relais longitudinaux et d’accidents transverses qui les découpent en tronçons, plus ou moins étrangers les uns aux autres.

Relais longitudinaux . Le sillon des flyschs allochtones des cordillères Bétiques, suite du sillon homologue des Maghrébides, disparaît vers l’est à hauteur de Grenade. Dans les Alpes occidentales, les zones externes (sillon dauphinois) disparaissent vers le sud, où le Subbriançonnais s’amenuise. En Corse, on arrive ainsi à trouver en contact presque direct l’avant-pays et les zones internes briançonnaises. Dans les Taurides, de part et d’autre de la courbure d’Isparta, les unités tectoniques, bien qu’elles esquissent la courbure, ne se correspondent guère d’un côté à l’autre.

Accidents transverses . Dans les Dinarides, c’est l’accident Scutari-Pec, au nord de l’Albanie, qui permet de séparer les Dinarides au sens strict, au nord, et les Hellénides, au sud, dont les zones internes débordent largement vers le sud-ouest. Dans les Alpes, la transversale du haut Rhin est encore plus importante puisque, le long de cette ligne, les Alpes occidentales franco-suisses s’enfoncent sous l’énorme masse charriée des Alpes orientales, qui se développe subitement et déborde vers le nord de plus de 50 kilomètres. La ligne Anzio-Ancône, orientée nord-nord-est - sud-sud-ouest, le long de laquelle l’Apennin central (zone d’Ombrie) chevauche l’Apennin méridional, est un autre exemple d’accident transverse. Dans les Maghrébides, enfin, la transversale de Melilla, où le bâti africain, au nord-est du Moyen-Atlas plissé, arrive à la Méditerranée, isole l’arc rifain de son prolongement oriental d’Algérie littorale.

Les courbures

L’un des traits les plus remarquables des chaînes alpines périméditerranéennes sont leurs courbures, par exemple celle des Alpes occidentales et celle des Carpates.

Certaines, comme la courbure égéenne, sont celles d’arcs insulaires encore actifs; en fait, il s’agit de la combinaison d’un coulissage longitudinal senestre au sud-est, créant un chevauchement – avec subduction – au sud-ouest. Il y a donc plus apparence de courbure que courbure réelle, comme c’est souvent le cas dans les arcs insulaires actuels [cf. ARCS INSULAIRES]. La courbure siculo-calabraise relève d’une même interprétation.

Les autres courbures, aujourd’hui mortes, doivent aussi beaucoup aux coulissages, comme celle des Alpes occidentales, en partie liée à la translation vers l’est de l’ensemble pyrénéo-provençal et de l’Espagne (cf. Les déplacements globaux des zones orogéniques alpines ), tout comme celle des Carpates, liée à la translation vers l’ouest d’un bloc danubien.

La courbure de Gibraltar est un problème majeur, car elle marque la fin, vers l’ouest, du système alpin méditerranéen. Pour partie, elle est une courbure réelle dans la mesure où les zones internes d’Afrique du Nord se poursuivent un temps dans les cordillères Bétiques: la dorsale calcaire d’Afrique du Nord moule la courbure du Rif et passe en Espagne; les deux Colonnes d’Hercule, Djebel Mousa à la côte marocaine, rocher de Gibraltar à la côte espagnole en sont les témoins. Mais cela ne va guère plus loin, et les structures appartenant à l’Afrique du Nord meurent contre la limite zones externes-zones internes des cordillères Bétiques, qui apparaît comme une zone de coulissage longitudinal dextre, véritable frontière entre l’Afrique et l’Europe (ou, plus exactement, la plaque Ibérique, plus ou moins indépendante de l’Europe).

Les déplacements globaux des zones orogéniques alpines

Les rétrécissements, calculés transversalement aux chaînes d’après les superpositions anormales, permettent d’évaluer à environ 1 000 kilomètres le rapprochement d’ensemble entre bloc européen et bloc africain. Mais il convient d’attirer aussi l’attention sur des mouvements de rotation, de flexion par coulissages longitudinaux affectant telle ou telle partie de l’aire méditerranéenne, car les mouvements entre Europe et Afrique ne furent pas seulement de rapprochement: dans l’ensemble, l’Afrique a coulissé vers l’est par rapport à l’Europe. L’histoire détaillée des mouvements relatifs Europe-Afrique est en fait celle d’une alternance complexe de rapprochement, éloignement, coulissage.

Coulissages longitudinaux

On admet souvent que le charriage des Alpes orientales vers le nord résulte d’une translation en bloc de l’ensemble italo-dinarique, désolidarisé des chaînes voisines, le long des zones de coulissage que sont la zone du Vardar, à l’est, la zone de Sestri-Voltaggio, à l’ouest.

On peut se demander si la double courbure carpato-balkanique ne pourrait s’expliquer en admettant que le bloc induré situé en Roumanie orientale (bloc danubien au sens large) a été poussé vers l’ouest de quelque 500 kilomètres. Tandis que la forme étonnamment refermée de l’arc de Gibraltar pourrait, en partie, résulter d’un mouvement analogue d’un bloc induré, aujourd’hui disparu sous la mer d’Alborán.

Rotations

Les coulissages sont parfois liés à des mouvements de rotation, comme celui de l’Espagne vers l’est (donc senestre) par rapport à l’Europe, le long du front nord-pyrénéen. Lié à l’ouverture en ciseau du golfe de Gascogne, il a donné naissance aux Pyrénées et, d’une certaine manière, à la grande déflexion vers l’est des Alpes maritimes françaises qui se moule sur la Provence.

Des arguments paléomagnétiques montrent que, au cours du Cénozoïque, l’ensemble corso-sarde a subi une rotation dans le sens antihoraire – vers l’est – depuis une position en marge des côtes espagnoles et françaises jusqu’à sa position actuelle. La géologie est en accord avec cette hypothèse: par exemple, les rhyolites permiennes du monte Cinto de Corse sont homologues à celles qui font la beauté des sites de l’Esterel.

Continuité des chaînes alpines

Du fait de la richesse d’événements qu’ont connus les chaînes périméditerranéennes, leur continuité doit parfois être recherchée ailleurs que dans leur strict prolongement.

Ainsi, on ne peut raccorder les Alpes aux cordillères Bétiques qu’à la condition de rabattre l’ensemble corso-sarde dans sa position originelle contre l’Espagne et la France; sinon, au sud de la Corse d’une part, à l’est des Baléares d’autre part, il faudrait admettre, comme on le faisait autrefois, que les Alpes et les cordillères Bétiques se perdent brutalement. Ainsi, la continuité Afrique du Nord-Espagne par la courbure de Gibraltar n’a de sens qu’en fonction du coulissage Espagne-Afrique, etc.

Place et signification de l’aire méditerranéenne sur le globe

Zone mobile comprise entre le bloc européen et le bloc africain, montrant dès le Trias certaines diversifications longitudinales qui s’accusent au Jurassique, soumise à partir du Crétacé et à l’Éocène (zones internes), puis jusqu’au Miocène (zones externes), exceptionnellement jusque pendant le Pliocène (Tunisie orientale, Sicile, Apennin), à des plissements et à des translations importantes de matière, l’aire méditerranéenne possède une histoire extrêmement complexe, relativement déchiffrable grâce à la possibilité de dater les phénomènes (cf. chaînes ALPINES).

Dérivées de la Téthys, océan qui s’est ouvert en ciseau, depuis le Pacifique jusqu’aux Caraïbes, puis s’est refermé jusqu’à la collision des continents qui le bordaient, les chaînes méditerranéennes sont un bon exemple de chaînes de collision . Collision simple dans la plupart des cas, mais quelquefois hypercollision , en bout de l’éperon apulien du continent africain, d’où sont nés les étonnants charriages des Alpes orientales par lesquels l’Afrique vient directement reposer sur l’Europe.

La Méditerranée est superposée au cadre des chaînes alpines par les mouvements récents d’une étape néotectonique qui ont dessiné la Méditerranée dans sa forme actuelle, en un vaste lac salé à la limite Miocène-Pliocène.

Mais cette Méditerranée hérite cependant de zones marines plus anciennes, nées au Cénozoïque plus ancien, comme le bassin algéro-provençal dû à la rotation oligocène de l’ensemble corso-sarde, voire plus anciennes encore, comme la mer de Libye, qui est peut-être le dernier résidu de l’océan téthysien qui achève de disparaître dans la subduction égéenne.

Complexe dans son histoire et sa structure, l’aire méditerranéenne est un exemple; on en recherche les analogues autour des mers intramontagneuses qui sont autant de méditerranées, comme la mer des Caraïbes ou encore la mer de Banda en Indonésie.

2. Le climat méditerranéen

Le climat régnant sur le pourtour de la Méditerranée, déterminé essentiellement par la latitude et la présence d’un volant thermique, est fortement influencé par le relief montagneux: là où celui-ci disparaît comme en Libye et dans le Sinaï, le climat subdésertique se fait sentir jusqu’à la mer.

Le climat méditerranéen établit une transition entre les climats tempérés, à hiver assez froid et été assez humide, et les climats désertiques ou tropicaux, à été humide et hiver sec [cf. SAISONS]: en Syrie, on passe du climat désertique au climat méditerranéen; entre Narbonne et Toulouse ou entre Saragosse et Pampelune, on passe progressivement du méditerranéen au tempéré. La proximité des deux climats extrêmes entraîne une graduation du climat méditerranéen, subdivisé en subméditerranéen, mésoméditerranéen, thermoméditerranéen et xéroméditerranéen.

Caractères bioclimatiques

En biogéographie, les données climatiques retenues seront celles qui influent sur les organismes animaux ou végétaux et sur leurs activités, c’est-à-dire essentiellement la température et les précipitations. Ainsi, si le mistral intéresse les êtres vivants par ses conséquences, sa cause est du ressort de la climatologie et non de la bioclimatologie (cf. domaine TEMPÉRÉ).

Les différents bioclimats méditerranéens peuvent alors être définis par les caractères relatifs à la chaleur et à l’humidité: hiver assez clément (la moyenne mensuelle n’est jamais inférieure à 0 0C), été chaud et sec, précipitations au printemps et à l’automne, ce dont rend compte l’examen des diagrammes ombrothermiques (cf. carte). Les moyennes des précipitations (P en millimètres) et des températures (t en degrés Celsius) de chaque mois sont représentées avec, pour les températures, une échelle double de celle des précipitations; à l’intersection des deux courbes, P = 2t ; quand P 麗 2t , il y a sécheresse. Cette définition est évidemment arbitraire, mais les cartes obtenues en distinguant le nombre de mois secs en chaque point correspondent assez bien avec celles de la végétation qui, aux petites échelles (c’est-à-dire à celles où la représentation d’une longueur est petite), est essentiellement déterminée par le climat.

Cette méthode, présentée par H. Gaussen en 1924, fut améliorée par l’emploi de l’indice xérothermique (x ) qui fait intervenir l’humidité atmosphérique, facteur important, surtout le long des côtes. Cet indice correspond au nombre de jours secs pendant la période sèche. Son utilisation lors de l’établissement de la carte de l’U.N.E.S.C.O.-F.A.O. montre une concordance très nette avec la carte de la végétation. La végétation est du type désertique si x 礪 300, subdésertique pour x entre 200 et 300, du type euméditerranéen pour x entre 200 et 40 ou 50, du type subméditerranéen avec x entre 40 et 0, du type tempéré pour les valeurs nulles. Les valeurs de 40 à 50 sont intéressantes, car elles coïncident de façon très satisfaisante avec la limite de la culture de l’olivier. Depuis longtemps, plusieurs auteurs, en particulier C. Flahault, ont estimé que la limite de cette culture correspond à celle des conditions climatiques méditerranéennes. Cette conception, repoussée par certains, estimant qu’une plante cultivée est un mauvais critère, se trouve confirmée par d’autres, qui voient dans la limite de l’olivier, plante indifférente à la nature du sol et développée partout où le climat est favorable, un réactif bioclimatique excellent. (C’était le cas, il y a une centaine d’années, car la valeur économique de l’olivier a baissé et de nombreuses plantations furent arrachées au profit d’autres oléagineux.)

Il faut signaler que certains auteurs, surtout d’Europe centrale, qualifient de subtropical le climat méditerranéen. C’est une conception erronée, puisqu’un climat tropical se caractérise par un régime pluviométrique inverse du régime méditerranéen; le seul point commun est un hiver non rigoureux.

Ces caractéristiques bioclimatiques, que l’on nomme «méditerranéennes» faute de mieux, se retrouvent en diverses parties du globe (sud-ouest et même sud-est de l’Australie; sud de l’Afrique; côte chilienne de Valparaíso à Valdivia; sud de l’Argentine; Californie méridionale) et en particulier en Afghanistan, sur les versants orientaux des montagnes qui dominent le haut bassin de l’Indus. Là, non seulement le climat mais la flore sont du type méditerranéen, et il est certain que, lors d’une période moins sèche, une continuité floristique devrait exister à travers le «croissant fertile», le bord du golfe Persique et le revers du Béloutchistan, vers le nord-ouest du bassin de l’Indus (cf. Caractères et origines de la flore ). Ces pays de climat méditerranéen portent une végétation rappelant celle des bords de la Méditerranée: les plantes sont d’espèces différentes, mais le paysage végétal est analogue.

3. Données floristiques

L’occupation humaine du pourtour méditerranéen a considérablement modifié la végétation primaire; la forêt sempervirente ne forme plus que des massifs isolés dans lesquels la flore associée s’est, par contre-coup, considérablement appauvrie (forêt de chêne-liège de la Mamora au nord de Rabat; les grandes forêts de chêne vert ont en général disparu; en revanche, les forêts de pin d’Alep sont importantes en Algérie et Tunisie, sur l’Atlas saharien).

Il ne fait aucun doute que la proximité des continents africain et eurasiatique a contribué à une certaine homogénéisation des peuplements floristique et faunistique. Vestige des temps géologiques, la flore présente un cortège de plantes caractéristiques dites «mésogéennes» (olivier, chêne vert); celles-ci, pour la plupart euméditerranéennes, sont parfois susceptibles – contrairement aux espèces méditerranéennes proprement dites (arganier, caroubier, laurier-rose) – d’accepter des conditions subméditerranéennes ou celles des bords de l’Atlantique, comme le montrent les chênes verts de Vendée.

La végétation

Les types de végétation

Les types actuels de végétation sont en grande partie le résultat de l’action humaine. À la forêt primaire ont succédé garrigues et maquis qui se couvrent de fleurs au printemps.

Les forêts diffèrent beaucoup des forêts tempérées. Les arbres dits mésogéens: olivier, laurier, filaires (Phillyrea ), alaternes (Rhamnus alaternus ), chêne vert (Quercus ilex ), chêne-liège (Q. suber ) forment rarement des massifs imposants. Les pins, plus grands, évoquent mieux l’idée de forêt; le pin d’Alep, le pin Brutia en Orient sont les vrais méditerranéens; divers types de laricios et de pins noirs, déjà plus montagnards, bénéficiant d’une humidité plus grande, les sapins dits «méditerranéens» (Abies pinsapo au sud de l’Espagne, marocana , tazaotana , numidica en Afrique du Nord, cilicica au Moyen-Orient, nordmanniana au Caucase, cephalonica aux Balkans) n’entrent pas strictement dans le climat défini ci-dessus; les cèdres de l’Atlas, de Chypre, du Liban sont montagnards. Les palmiers, les eucalyptus, les araucarias, les filaos, etc., sont des exotiques dont l’introduction a été permise par la douceur hivernale du climat.

Mais ce qui caractérise le mieux la végétation méditerranéenne est la richesse en arbustes, arbrisseaux et sous-arbrisseaux dont l’ensemble forme ce que les Espagnols appellent matorral . Il se divise en plusieurs types de paysages dont les noms locaux sont devenus classiques: maquis, garrigues, phryganes.

Le maquis contient des arbousiers, la bruyère en arbre, des calycotomes, des lentisques, parfois du buis, des daphnés (le garou), des ajoncs, le tout enchevêtré de salsepareille (Smilax ) le rendant impénétrable. Les cistes sont moins hauts et font la transition vers la garrigue . Celle-ci est formée de sous-arbrisseaux: buis, chêne kermès (Q. coccifera ), genévrier oxycèdre; de Labiées odorantes: romarin, lavandes (Lavandula staechas sur terrain siliceux, L. latifolia sur terrain calcaire), thym qui forme parfois à lui seul la garrigue appelée alors tomillar ; et de Graminées, laissant voir le sol, dont la plus importante est Brachypodium ramosum . La dégradation maximale donne une apparence de steppe, qu’on appelle «erme» en Provence. Les phryganes de Grèce ont une physionomie analogue à celle des garrigues; les diverses asphodèles témoignent d’une grande dégradation par l’homme.

Étagement altitudinal

Naturellement, les variations de climat dues au relief montagneux qui ceinture la Méditerranée créent des étages de végétation.

L’étage de l’olivier-caroubier (Ceratonia ), correspond aux parties les plus chaudes, qui ne connaissent guère les gelées hivernales, à l’abri des vents froids. L’euphorbe arborescente et les lentisques abondent; le myrte et le laurier-rose colonisent les points un peu plus humides. L’homme a favorisé le jujubier (Zizyphus lotus ). Avec l’irrigation qui compense la sécheresse estivale, il cultive les plantes tropicales ornementales (jardins de Málaga ou de la Côte d’Azur); la culture du chirimoya (Annona ) et de la canne à sucre est possible en Andalousie. Les plantes plus ou moins désertiques, tels le palmier-dattier, qui n’a qu’un intérêt touristique, et beaucoup d’autres palmiers, sont largement utilisées, donnant un cachet exotique emprunté aux pays tropicaux.

L’étage euméditerranéen de l’olivier-lentisque, du chêne vert et du pin d’Alep domine tout le long de la mer. Cet étage est celui des garrigues et des maquis. C’est aussi «le pays où fleurit l’oranger», la culture des agrumes y est essentielle; dans les parties un peu plus sèches (Tunisie, Andalousie) s’étendent d’immenses champs d’oliviers: le coton apparaît en Andalousie et en Turquie méridionale. Sur terrain surtout siliceux, le chêne-liège (Quercus suber ) est abondant au Maroc et au Portugal; le pin maritime méditerranéen (Pinus mesogeensis ) est moins strictement calcifuge que son congénère des Landes.

La pente des montagnes est coupée par des terrasses, témoignage du travail acharné des hommes depuis des millénaires. Elles portent des arbres fruitiers: amandiers, abricotiers, et surtout la vigne, culture fondamentale, qui donne les vins à haut degré d’alcool.

L’eau au pied des montagnes permet l’irrigation et favorise les jardins d’agrément, d’une luxuriance extraordinaire, ou les jardins maraîchers, dont les primeurs sont exportés.

Le long des rivières bordées de cannes de Provence (Arundo donax ), le chêne pubescent, que l’on peut qualifier de subméditerranéen, indique que l’on s’éloigne du pays euméditerranéen.

Dans les montagnes , l’air est humide et froid à partir de 800 m d’altitude environ, car, venu de la mer, il se détend et se refroidit. On voit alors apparaître pins et sapins, ainsi que des arbres feuillus, chênes et hêtres et souvent châtaigniers. Dans les plateaux intérieurs, le climat est froid en hiver et sec en été, la végétation de steppes se généralise, steppes de graminées ou de plantes sous-ligneuses souvent épineuses formant des coussins. Ces climats froids l’hiver et présentant pendant un ou plusieurs mois une température moyenne inférieure à 0 0C ne répondent plus aux conditions méditerranéennes; la végétation associée est qualifiée d’oroméditerranéenne en montagne ou de steppique. Elle joue un rôle important quand on s’enfonce à l’intérieur plus sec des continents.

En allant vers les pays à climat tempéré, peu à peu, les plantes les plus sensibles, tel l’olivier, disparaissent; le chêne vert domine, les plantes de son cortège ne cherchent plus son abri et envahissent les endroits découverts. Les végétaux méditerranéens ne forment plus que des colonies xérothermiques.

Caractères et origines de la flore

Caractères actuels

La flore actuelle se caractérise par sa xérophilie. Les arbres ou les arbustes ont des feuilles coriaces, en général persistantes, présentant des dispositifs de lutte contre la transpiration excessive de l’été (membranes épaisses, stomates protégés du soleil, concentration particulière des sucs cellulaires): divers pins, le chêne vert, l’olivier, les plantes du maquis, le palmier nain (Chamaerops ) en sont des exemples. Il faut encore citer des arbres curieux comme le pistachier de l’Atlas, qui a des feuilles caduques en hiver et qui, bien que ses feuilles soient peu coriaces, supporte la sécheresse estivale là où le sol, profond, reste assez humide pendant l’été.

La structure succulente, plus rare, est représentée par quelques euphorbes indigènes et surtout par des plantes «grasses» d’origine américaine: cactus et agaves, qui sont devenues très abondantes et souvent considérées, à tort, comme les plantes caractéristiques des pays méditerranéens.

Toutefois, beaucoup de plantes passent la saison estivale défavorable sous forme de graines ou d’organes souterrains, rhizomes ou bulbes.

Sans présenter de structures anormales certaines plantes sont étroitement localisées. C’est ce qu’on appelle des «plantes endémiques». Parfois, ce sont des plantes qui avaient jadis une plus large répartition et qui ont disparu partout, sauf dans une aire restreinte: ce sont des «reliques»; ou bien elles sont originaires de l’endroit où on les rencontre actuellement et n’ont pas eu de possibilité d’extension. C’est en général dans les îles ou des recoins de montagne, des falaises rocheuses qu’on trouve ces plantes rares que sont les vraies endémiques.

Données paléobiogéographiques

La flore méditerranéenne interfère avec celle de régions floristiques voisines; ainsi au Languedoc, le chêne pubescent profite de sols plus humides près des rivières pour s’étendre dans l’aire méditerranéenne; inversement, à la faveur de conditions climatiques locales chaudes et sèches, les plantes méditerranéennes peuvent exister en dehors de leur aire principale. Dans la région des lacs italiens, le climat insubrien (douceur hivernale et précipitations même en été) explique la présence des plantes méditerranéennes et même exotiques des îles Borromées; cependant, le seul palmier cultivable est le Chamaerops (Trachycarpus ), indice d’un climat plus tempéré doux que méditerrranéen. Les Phoenix sont rares.

Au cours des temps géologiques, des fluctuations climatiques entraînèrent des variations des domaines floristiques. Après la fonte des glaciers quaternaires, une période dite «boréale» ou «xérothermique», plus chaude et plus sèche que l’actuelle, permit l’extension des végétaux méditerranéens. Lui succédèrent des conditions climatiques plus froides et plus humides entraînant leur recul; mais certains ont pu résister à la faveur de stations privilégiées appelées «stations xérothermiques» constituant les «reliques» d’une période plus favorable. Dans les vallées sèches des Alpes ou des Pyrénées, ces stations se placent aux parties très ensoleillées et à pente forte. Inversement, lors d’une période plus humide, le Sahara renfermait des plantes méditerranéennes dont quelques-unes ont pu résister à la désertification et ont trouvé un refuge dans les montagnes de climat moins hostile. Ainsi, la bruyère en arbre (Erica arborea ) existe aux sommets du Tibesti, le cyprès de Duprez au Tassili des Ajjer.

À l’intérieur des grands ensembles floristiques, appelés «éléments» ou «cortèges», toutes les plantes n’ont pas les mêmes exigences écologiques. Le cortège «mésogéen» s’est jadis développé dans la «Mésogée» des temps géologiques. Beaucoup de plantes de cette origine sont actuellement euméditerranéennes, mais certaines ont essaimé vers les montagnes; ce sont les oroméditerranéennes.

Les plantes de la région méditerranéenne étaient différentes aux temps secondaires ou primaires. Les mésogéennes actuelles se sont-elles formées sur place ou bien sont-elles originaires d’Asie centrale et se sont-elles répandues à la faveur des invasions vers l’ouest? Il est difficile de le dire. Est-ce l’inverse? Les chênes verts du haut bassin de l’Indus sont-ils des plantes relictuelles originaires de ces régions ou, au contraire, venus de l’ouest, ont-ils gagné ces contrées lors de conditions favorables? Tout cela est sujet à discussions et à hypothèses. Quand, en une région, on trouve beaucoup d’espèces d’un même genre, on est tenté d’admettre que ce genre s’est formé dans cette contrée et s’est dispersé par migrations, souvent lointaines, mais ce n’est pas évident; ce sont peut-être des conditions locales qui ont provoqué le foisonnement d’un genre dont l’origine est ailleurs. Il est du reste toujours aléatoire d’imaginer que les plantes ont fait de grandes migrations, car souvent une aire de répartition très vaste s’est réduite et morcelée au cours des temps.

Il ne faut pas non plus mésestimer l’action de l’homme, qui depuis des millénaires a exercé son emprise sur le milieu naturel. Chaque jour, des broussailles sont arrachées, les chèvres empêchent le développement des arbres. Le nomadisme des troupeaux est une cause certaine de désertification. Le mouton surabondant en Espagne durant des siècles a modifié le tapis végétal. La végétation climacique, c’est-à-dire celle qui existerait en l’absence de facteur humain, serait certainement différente de la végétation actuelle comme le prouvent les «reliques» (mont Liban, Sainte-Baume) qui subsistent. Les incendies qui chaque année dévastent des parties de la Provence ou de la Corse favorisent les plantes annuelles ou celles dont les organes souterrains ne sont pas détruits; le pin d’Alep dont les graines germent facilement si elles ont été portées à haute température s’étend ainsi aux dépens du chêne vert. Le littoral s’est beaucoup dégradé sous la pression du tourisme et des introductions d’espèces, volontaires (Cactacées) ou involontaire (l’algue marine Caulerpa taxifolia ).

4. Esquisse faunistique

Le peuplement animal actuel résulte des influences nordiques eurosibériennes, des influences aralocaspiennes et des influences éthiopiennes. Des exemples pris dans les divers groupes animaux en portent témoignage; la chorologie du passé s’enrichit encore de quelques conquêtes du présent.

La faune vertébrée

Étant donné la dégradation de la forêt primitive, la faune ancienne des Mammifères s’est considérablement appauvrie. Le lion a disparu de la Grèce au Ier siècle, alors que beaucoup d’œuvres d’art de l’Antiquité témoignent de sa présence en Perse et en Mésopotamie; on le chassait en Algérie au siècle dernier, et on l’a signalé au Maroc en 1922.

Quelques Ongulés sont encore réglementés par des formes reliques: le daim de Mésopotamie, de plus grande taille que le daim ordinaire, figurant dans des bas-reliefs de Ninive, habitait la Palestine à l’époque préhistorique; quelques survivants ont été encore découverts en Iran en 1957. D’autres Ongulés éthiopiens ont pénétré en Syrie (hémione, gazelle, antilope) et même en Afrique du Nord (gazelle, addax, bubale). De plus, le mouflon à manchettes, qui atteint le Tchad et le Soudan, est encore présent dans quelques massifs du Maroc et d’Égypte. Le seul singe de la région méditerranéenne est le magot (Macaca sylvanus ), macaque dépourvu de queue, qui vit sur le bord broussailleux de certains torrents du Maroc et de l’Algérie et dont un petit groupe séjourne sur le rocher de Gilbraltar, s’il y est peut-être originellement un des derniers vestiges du Pliocène, le peuplement a été certainement enrichi par des apports plus récents du Maroc.

Parmi les Carnassiers, les hyènes, la genette, le Felis ocreata de Toscane, de Crète et de Sardaigne, survivant de l’ancienne faune tertiaire, sont assez caractéristiques du domaine méditerranéen; il en est de même du porc-épic. Les Rongeurs sont abondants, plus variés, d’ailleurs, du côté africain: gerbilles, gerboises, rat palmiste ou écureuil de Gétulie; les hamsters dorés de nos laboratoires descendent de quelques représentants de l’espèce capturés en Syrie, il y a quelques années.

Le groupe des Oiseaux montre peu de représentants typiques: la sarcelle marbrée, plusieurs fauvettes, le martinet pâle, les traquets oreillards et rieurs, au modeste plumage, attirent moins le regard que les flamants, guépiers et rolliers, qui nichent sans doute ailleurs que dans la région méditerranéenne, dont ils sont pourtant les plus beaux joyaux. La pie bleue à l’élégant plumage azuré conserve de faibles effectifs dans le sud de la péninsule Ibérique et montre une aire de répartition disjointe et lacunaire jusqu’en Asie orientale. Que sont devenus les biotopes intermédiaires au cours des fluctuations glaciaires?

Les Reptiles montrent des affinités éthiopiennes: le varan du désert aborde l’Algérie et l’Asie Mineure; geckos, psammodromes, cistudes remontent en Europe. Les redoutables aspics et cérastes se rencontrent en Afrique du Nord; le pseudope de Pallas, orvet géant des Balkans, réputé chasseur de vipères, qui dépasse un mètre de long, est un singulier représentant du groupe des Anguidés. Le lézard cendré apode (Blanus ) de l’Asie occidentale, présent en Afrique du Nord et en Espagne méridionale, vit dans les feuilles mortes comme un grand lombric dont il a les mœurs et presque les habitudes alimentaires. Le caméléon est à la limite septentrionale de sa répartition dans le sud de l’Espagne.

Les Batraciens sont représentés par de nombreux genres, dont certains sont les témoins d’une distribution géographique discontinue: pélodyte, discoglosse, alors que le protée anguillard, étrange salamandre décolorée et aveugle, habite les grottes d’Adelsberg. En Espagne et au Maroc, on trouve le pleurodèle de Waltl (Pleurodeles Waltlii ), curieux triton de 25 cm dont les côtes acérées arrivent à percer son tégument.

La faune invertébrée

Parmi les Insectes, des Coléoptères aux brillantes couleurs annoncent la richesse des pays tropicaux: certains Buprestides, certains Scarabéides; de plus, les quatre tribus gondwaniennes de Trechinae sont représentées dans la région méditerranéenne.

Les Hyménoptères sont nombreux: bembex chasseurs de Diptères, sphex chasseurs d’Orthoptères, pompiles chasseurs d’araignées. Les Orthoptères peuplent en été les paysages adustes des garrigues; on y compte des formes étranges, phasme et saga, alors que les criquets migrateurs, d’origine lointaine, se montrent parfois en troupes dévastatrices dans la partie méridionale du domaine méditerranéen.

Les scorpions font leur apparition: tel Buthus occitanus du côté européen du domaine où il fréquente des biotopes semblables à ceux des scolopendres; d’autres, plus grands de taille et au venin actif, hantent le domaine nord-africain.

Des migrations massives de Mollusques terrestres ont apporté des éléments d’origine circumméditerranéenne; parmi eux, deux espèces sont dominantes: Leucochroa candidissima à coquille porcelanisée blanc pur, commune en Provence, apparue tard et brusquement au Néolithique, et Helicella cespitum , très commune dans toute la région de l’olivier, essentiellement xérothermique et héliophile. Ces coquilles offrent un refuge idéal pour une microfaune abondante. De nos jours s’ajoutent à cette faunule ancienne des Mollusques cosmopolites: tel Dreissensia polymorpha , originaire de Russie. Des cas analogues d’invasion récente ont été rapportés dans d’autres groupes: le crabe d’estuaire Eriocheir sinensis est venu d’Extrême-Orient. Notons aussi que l’eudémis de la vigne, localisé en 1890 en Europe orientale, signalé dans les Alpes maritimes, a pu dès 1910 envahir le reste des vignobles français à la faveur de la sécheresse.

On pourrait citer d’autres «conquérants» de la région méditerranéenne: ils sont des exemples contemporains de ces dispersions anciennes qui ont conditionné les peuplements actuels. Les microfaunes muscicoles des forêts humides paléarctiques sont ici devenues endogées.

Peuplement insulaire

Dès la fin du Miocène, au Pontien, l’Espagne était reliée aux Baléares; un passage existait vers le Bosphore, permettant des échanges de faune entre l’Asie et l’Europe (migration des Hipparions); l’isthme de Suez favorisa l’invasion de l’Afrique du Nord à partir de la Syrie. Quand la transgression marine pliocène recouvrait l’Italie dans sa quasi-totalité, un pont toscan reliait le continent à l’île d’Elbe; la côte des Maures et la Corse, d’une part, cette dernière et le nord de la Sardaigne, d’autre part, présentaient aussi des communications facilitant les mélanges faunistiques au moment où les changements de climats incitaient certaines espèces à fuir le froid et à regagner les territoires réchauffés. Ainsi, certaines formes ont été isolées: les unes se sont éteintes (le lièvre Prolagus du Néolithique) ou raréfiées (chèvres sauvages); d’autres se sont développées telles quelles (mouflon des montagnes, certaines espèces d’Helix ...) ou se sont modifiées en espèces «nouvelles» qui ne sont en fait que des variantes très proches du cerf, du lièvre, du putois, de divers lézards du continent.

L’unité apparente actuelle du peuplement eurasiatique des paysages riverains de la Méditerranée est due aux possibilités de passage au cours du Quaternaire entre les trois continents: Europe, Asie, Afrique; des isthmes temporaires ont même, dans l’histoire postpliocène de la mer Rouge, assuré des échanges avec la faune indoue.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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